11.10.2010
Gary Becker : faire face au défi démographique,FranceWebAsso,MyNewsCenter,+++
Gary Becker : faire face au défi démographique
Parce que c'est un sujet essentiel ! La démographie mondiale est marquée par deux changements majeurs. Le premier est la chute des taux de naissance dans toute l'Europe et dans la plupart de l'Asie - Japon, Corée, Chine, etc. Aujourd'hui, la moitié du monde est au dessous du taux de remplacement de la population ! Le second est l'allongement de l'espérance de vie, surtout dans les nations riches. Ces bouleversements entraînent des défis considérables. Il y a d'abord la question du financement de la santé et des retraites. Dans la quasi-totalité des pays européens, le système de retraite est fondé sur un principe de répartition. Les jeunes paient pour les vieux. Pendant plusieurs décennies, les actifs étaient nombreux, et les retraités beaucoup moins. Mais le nombre de cotisants va aller diminuant pour un nombre de pensionnés qui ira croissant. Le système va donc être soumis à de très fortes tensions. Ensuite vient la question de l'immigration. Il y aura de moins en moins de jeunes travailleurs dans les pays développés, ce qui constituera une forte incitation pour les actifs des pays pauvres à venir, alors que beaucoup d'habitants des pays riches ne veulent pas de cette immigration. Là aussi, il y a une source potentielle de conflits. Enfin, la croissance économique dépend de la croissance démographique. Surtout dans l'économie de la connaissance, où le principal actif est le capital humain. Au XXe siècle, dynamisme démographique et croissance économique sont allés de pair. Au XXIe siècle, la population ralentit et la croissance aussi.
Oui. C'est possible d'agir et le gouvernement a une légitimité le faire en la matière, mais il faut être conscient du coût très élevé de ces politiques. Il est donc essentiel de les évaluer. La France a un programme ambitieux, elle soutient notamment la naissance du deuxième et du troisième enfant. Une étude réalisée par deux économistes français, Guy Laroque et Bernard Salanié, montre que cette politique a eu un effet positif. Les subventions expliquent peut-être le quart du gain de naissances constaté en France par rapport aux autres pays européens. La Suède a aussi un système très généreux. Il permet à l'un des parents de s'arrêter de travailler pendant un an en conservant pratiquement tout son salaire, et il subventionne aussi largement la garde d'enfants. Ces mesures ont également un impact favorable sur la natalité, mais faibles.
Oui. Le problème, c'est qu'il se situe au-delà de l'horizon de leur mandat.
Oui, l'immigration peut être bonne pour un pays. Mais elle est beaucoup moins acceptée qu'autrefois. C'est normal : quand des immigrés arrivaient dans un pays au XIXe siècle, ils devaient se débrouiller tout seuls. Ils n'avaient ni droit de vote ni possibilité d'accéder à des prestations sociales. Aujourd'hui, il en va tout autrement. Pour rendre l'immigration plus acceptable, j'ai proposé un système : un pays d'immigration pourrait vendre le droit de venir immigrer. Le gouvernement fixerait un prix en s'engageant à accepter tous les candidats prêts à le payer (à quelques exceptions près, comme les terroristes, les repris de justice, les grands malades). On pourrait même imaginer une «Bourse du capital humain» !
Il attirerait des immigrants jeunes, ambitieux, prêts à s'engager envers leur pays d'accueil. Venant légalement, ils entreraient plus facilement sur le marché du travail. Le gouvernement du pays d'accueil pourrait supprimer l'essentiel de la paperasserie tandis que ses accepteraient mieux cette immigration qui apporterait de l'argent dans les caisses publiques.
Les Etats-Unis mènent une guerre opiniâtre contre la drogue depuis trente ans. Mais toutes les batailles ont été perdues, et le coût de la guerre n'a cessé de monter. La répression, la menace de la prison pour les trafiquants se traduisent évidemment par une hausse du prix des drogues. Mais l'élasticité de la consommation au prix est faible. Autrement dit, les consommateurs ne sont pas dissuadés par des drogues plus chères. Ils consacrent donc une part croissante de leurs revenus à l'achat de drogue - ce qui peut les mener à devenir délinquants. En outre, la guerre elle-même coûte très cher. Un seul indicateur : dans les centrales fédérales américaine, le quart des prisonniers est là pour trafic de drogue. La facture est énorme, quand on sait qu'il y a 2 millions de prisonniers aux Etats-Unis au coût annuel d'incarcération de l'ordre de 30.000 à 40.000 dollars. Pour abaisser le budget global de la guerre contre la drogue, le plus efficace est de légaliser son usa general en la taxant fortement. C'est une «sin tax», une taxe sur le péché. Les dépenses budgétaires se transforment alors en recettes. Et les produits sont de meilleure qualité, ce qui diminue les accidents.
(Rires) Euh… Non, je n'ai pas eu d'amende. J'ai eu de la chance. J'avais fait le bon calcul !
Je n'ai jamais travaillé que cette question. Mais si le risque de la peine de mort peut dissuader un criminel de commettre un meurtre, alors elle vaut le coup d'être employée. Plusieurs études montrent que la peine de mort a effectivement cet effet dissuasif. Mais il n'y a pas d'évidence nette en la matière.
C'est le résultat de plusieurs facteurs. Primo, la baisse de la natalité. Avant, les couples restaient ensemble pour ne pas casser la famille. Maintenant, la famille se réduit souvent à un enfant. Deusio, le niveau d'éducation et de revenus des femmes a beaucoup progressé. Elles sont devenues économiquement moins dépendantes des hommes. Il leur est plus facile de préférer le divorce à un mariage malheureux. Tertio, le divorce est devenu juridiquement plus facile. Aux Etats-Unis, la Californie a instauré un «divorce sans faute» en 1971. La plupart des autres Etats ont suivi dans les années 1970 et 1980. Enfin, la montée initiale des divorces a diminué leur «prix social». Quand davantage de couples divorcent, cela accroît la volonté des autres de se séparer.
Non. Même aux Etats-Unis, j'ai dû me battre. Pourtant, c'est tellement évident qu'il est primordial, surtout dans l'économie de la connaissance ! Les pays investissent massivement dans leur capital humain. Les hommes passent aussi leur temps à investir dans ce capital, pour l'éducation, la santé, l'immigration même. C'est avec la différence de salaire, très importante entre ceux qui ont de fortes compétences, et donc un capital humain élevé, et ceux qui en ont beaucoup moins, que j'ai été le plus convaincant.
Les enfants doivent payer pour leur éducation, à condition que les pauvres soient aidés par des systèmes de bourse ou de prêts. En Europe où l'université est très subventionnée, les contribuables peu aisés acquittent des impôts pour financer les études de gens qui auront des revenus relativement élevés : c'est un système régressif ! A l'université de Chicago où j'enseigne, les droits sont de 30.000 dollars par an. Les étudiants peuvent accéder à des bourses et des prêts remboursables sur quinze ou vingt ans. Ce système est non seulement plus efficace, mais aussi plus juste.
Vous avez aussi réclamé que la notion de capital humain soit intégrée dans la comptabilité. Où en sommes-nous ?
Pas très loin. Ce n'est pas très étonnant : dans les entreprises, la comptabilité est souvent menée par des considérations d'ordre fiscal. L'investissement dans le capital humain via la formation apparaîtrait immédiatement dans la comptabilité d'entreprise si son l'amortissement devenait fiscalement possible ! En revanche, le capital humain devrait être pris en compte dans la comptabilité nationale, celle qui détermine le PIB d'un pays. Dans les comptes nationaux, il y a les investissements physiques, les stocks… C'est une honte qu'il n'y ait pas le capital humain ! Cela donnerait une image beaucoup plus précise des efforts accomplis par une nation.
Avec les taux d'imposition très élevés, le salaire minimum, les charges sociales, la générosité envers les chômeurs et les entraves sur le marché du travail, vous expliquez l'essentiel de l'écart entre le chômage américain et le chômage européen. En France, vous avez un smic supérieur de 70% à la moyenne des salaires minimums des autres pays développés : cela a forcément un impact sur le marché du travail.
Pour éviter cela, il y a l'impôt négatif, le «earnig tax credit» américain qui correspond à votre prime pour l'emploi. Ce n'est pas un système parfait, mais il estfficace pour encourager le travail. Aux Etats-Unis, il a le soutien des Républicains et des Démocrates.
… Vous savez, j'ai dit beaucoup d'âneries !
Je disais ça dans un contexte américain. C'est vrai qu'aux Etats-Unis, l'enseignement d'économie est souvent mal fait. On barbe les étudiants dès le début avec des choses terriblement ennuyeuses, comme les courbes d'indifférence, un jargon obscur, des mathématiques absconses. Il y a là de quoi faire peur, alors que l'on pourrait faire un enseignement d'économie «fun», excitant, fondé sur un langage clair, qui amène vers les principes économiques par des problèmes simples.
Plus précisément, les Français ont souvent peur du marché, comme on vient de le voir encore récemment avec l'émotion suscitée par la directive européenne Bolkestein libéralisant le marché européen des services.
La France a une tradition de fort interventionnisme de l'Etat dans l'économie. Mais les systèmes très régulés comme le vôtre profitent aux «insiders», ceux qui sont dans le système, au détriment des «outsiders», ceux qui sont en dehors. Je comprends bien la peur que peut inspirer le marché. Vous savez, personne n'aime y être soumis. Le monopole est tellement plus confortable ! A l'université de Chicago, notre vie serait plus simple sans la concurrence de Harvard, du MIT, de Stanford et de certains pôles européens. Mais le marché, la concurrence rendent notre système universitaire plus performant. Ce n'est pas un mythe : nous nous battons pour avoir les meilleurs étudiants de premier cycle, de deuxième cycle, les meilleurs enseignants. Cette compétition nous pousse à nous améliorer sans cesse. Là est la source l'efficacité des marchés, même dans des univers où il y a aussi des éléments de monopole. Je n'aime pas les systèmes élitistes, comme le vôtre. Je préfère les systèmes plus ouverts.
Comme je l'écris dans mon livre «Irrational Behavior and Economic Theory», les individus sont loin d'être rationnels dans tous les domaines. Ils ne passent pas leur temps à calculer des probabilités. Les marchés les guident, et c'est ce que montre l'analyse économique, qui analyse les marchés plus que les individus. Un individu a beau pouvoir être irrationnel l'essentiel de sa vie, le marché l'amènera là où il est le plus efficace.
Non, je ne crois pas. Le marché est l'innovation la plus importante de toute l'histoire de l'économie. Il joue un rôle essentiel dans les champs étudiés par les sciences sociales. J'aime beaucoup Montaigne, mais quand il écrit que, dans une transaction, «le profit de l'un est dommage de l'autre», il a tort. Dans une transaction de marché, l'acheteur et le vendeur sont tous deux gagnants !
Oh oui ! En économie de la santé par exemple, il y a de nouveaux développements assez excitants. Je suis aussi ce qui se fait sur l'articulation entre croissance et population. Et les études sur le bonheur. C'est passionnant.
Oui, beaucoup! (Un temps de réflexion) Les champs que j'ai explorés en économie sont devenus très importants, comme le capital humain, l'économie du crime, l'économie de la famille. Mais il ne s'agit pas d'erreurs… (Nouveau temps de réflexion). En revanche, je me suis trompé quand j'ai affirmé que le divorce pour faute n'affecterait pas le taux de divorce. Et j'ai écrit dans l'une de mes chroniques de Businessweek que le sommet européen de Lisbonne, censé marquer l'engagement des pays européens vers la société de la connaissance, était le signe d'un grand changement, j'avais tort.
SOURCE Les Echos 24 03 2005
FranceWeb, Pour Vous et avec Vous!
Plates-formes collaboratives pour nourrir la connaissance, la productivité et l'innovation
World News Center, FranceWeb, Forum e-Global, BusinessCenter, Bonheur, Famille d'Entreprises, FranceWeb Poissy, Web Collection, Web Gallery
Venez rejoindre nos Partenaires
Office de Tourisme de Poissy, Office de Tourisme de Saint Germain-en-Laye,Paris Europlace, Denis Ettighoffer, Guy Cloutier, Partenariat France, Viadeo, PAVILLON HENRI IV, 7 International, PSA PEUGEOT CITROEN, SOCIETE D'AVOCATS DU MANOIR DE JUAYE, Trans World Search, BEIC, MEDEF, MEDEF Paris, Sergio Bello, Google, Netik, Giacomo de Pass, Sergio Bello, BATITHERMIC, Agent&Co, Accentiv, IFIE, Pavillon des Ibis, Patrick Chatelain, Oknos Quartet, Ekko Consulting, Holliday Inn GENT-EXPO, Newsweb, Boursorama, SCIP, AFP Service français, OAG, Montjavoult,
17:22 Publié dans World | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : newscenterfrancewebasso, * mynewscenter, francewebnewscenter, mafamilled'entreprises, stefanraducanuwebgallery, srmonbonheur, poissyvilleconnectée, * myworldnewscenter, * mybusinesscenter, francewebeglobalnetwork * *













